LE JAINISME
Voici une tentative dapproche très simplifiée et très incomplète du jaïnisme. Le jaïnisme est la plus ancienne philosophie-religion du monde et elle est toujours pratiquée par 4 à 8 millions dindividus majoritairement en Inde.
Bien que le jaïnisme soit très minoritaire, son influence en Inde est très grande :
Le jaïnisme essaye dinstaurer une égalité sociale en voulant faire disparaître le système des castes (dorigine divine pour les hindous). Le jaïnisme sopposa depuis toujours à la pratique de lesclavage. Le jaïnisme propose un statut pour les intouchables en Inde. Le jaïnisme essaye de rendre le peuple indien plus indépendant vis à vis des croyances ou superstitions et vis à vis de la domination des prêtres hindous (les brahmanes). |
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Temple jaïn de Varanassi
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Les jaïns ont inspiré à Gandhi sa politique de non violence. Enfin, du point de vue économique, les jaïns représentent 2% de la population indienne mais 50% du commerce passe entre leur mains.
Le jaïnisme est une philosophie religion basée sur la non violence = AHINSA.
Cest pourquoi il na jamais essayé de convaincre par la force les principes de sa religion contrairement aux autres grandes religions (christianisme, culte musulman
) et accepte tous les adeptes qui voudraient pratiquer ses doctrines (contrairement au Judaïsme par exemple).
Le jaïnisme est très mal connu en France où il ny a malheureusement ni temple jaïn, ni maître spirituel.
Le jaïnisme est aussi la seule religion qui ne connaît pas lintégrisme religieux, mais pratique les principes de façon très rigoureuse (contrairement au bouddhisme). Le jaïnisme est une philosophie qui prône le respect, la compassion et la non violence.
Cest aussi une éthique rigoureuse assorti dun pragmatisme très rationnel. Le jaïnisme ne se pose pas comme une religion révélée ni provenant dune origine divine.
Le jaïnisme vient du sanscrit Jina dharma = la religion des Jinas. Le jaïnisme peut être défini comme lensemble des principes suivis et prêchés par les Jina.
Un Jina est un vainqueur, cest un être humain qui a remporté la victoire de son âme.
Tout le monde peut devenir un Jina.
Les Jina sont de deux sortes :
- ceux qui sont uniquement soucieux de leur salut personnel
- ceux qui, après avoir atteint la connaissance suprême montrent à tous la voie de la libération = les tirthankaras (grands guides spirituels jaïns)
Il y a déjà eu 24 thirtankaras dans le passé. Le premier, Rsabha (ou Adinatha) fut le premier empereur indien et son fils Bharata donna son nom au territoire indien (Bharatavarsa). Le 24ème, Mahâvira était un contemporain plus âgé de Bouddha (6e s avant JC) et est considéré à tort comme le fondateur du jaïnisme.
En effet le jaïnisme est la plus ancienne religion/philosophie du monde encore prêchée et suivie.
Les historiens sont formels : découverte de statues jaïns dans la vallée de lhindus plus de 3500 ans avant notre ère. Les hindous reconnaissent également que lépoque de Rsabha (le 1er tirthankara) correspond au commencement du monde (car pour les hindous le monde a été créé, ce qui nest pas le cas pour les jaïns).
Le jaïnisme en quelques mots
Les jaïns ne croient pas en un dieu créateur. Pour eux le monde est incréé et éternel.
Ils ne sont pas pour autant athées : ils ne croient pas en dieu mais croient en la divinité.
Les seules formes divines sont des hommes qui ont réussis à libérer leurs âmes.
Une âme libérée devient elle-même dieu. Le jaïnisme est une religion dorigine humaine et pas divine.
Les principes jaïns sont les mêmes depuis 5000 ans. Le conservatisme rigoureux de la doctrine a été la cause de la survie de la communauté jaïna.
Les jaïns sont de deux sortes : les laïques qui pratiquent les principes plus ou moins selon leurs possibilités (petits vux) et les chefs religieux ou ascètes qui sont très rigoureux et veulent libérer leur âmes des particules karmiques (grands vux). La doctrine du karma est une notion centrale (voir chapitre consacré au karma).
Le grand leitmotiv jaïn est de parvenir à briser le cycle des réincarnations en faisant le bien autour de soi (principe de la non violence) afin que les mauvaises particules karmiques libèrent lâme qui, enfin pure, sera libérée du cycle des naissances et promise à un bonheur infini, une connaissance infinie, une perception infinie, un pouvoir infini et devient ainsi une sorte de dieu vénéré par lensemble des jaïns.
Pour essayer de libérer lâme il faut sappliquer à suivre des principes ou vux.
Les cinq vux principaux (mahâvrata) :
- AHINSA : principe de non violence envers tous les êtres vivants.
Ne pas manger de viande, de poisson, de crustacé, de miel
ne pas porter du cuir, de la fourrure, de la soie ou tout autre matière nécessitant de tuer...
Ne pas tuer des insectes sous prétexte quils dérangent et par extension faire attention quand on marche dans lherbe pour éviter de les écraser, éviter de laisser de leau dans un seau pour éviter quils se noient, ne pas allumer de bougies le soir dehors pour que les insectes ne viennent pas sy brûler les ailes etc...
Les Munis (les Saint jaïns) ou les ascètes par exemple balayent le sol avant de marcher pour respecter la vie de minuscules insectes et se couvrent la bouche dune étole blanche pour ne pas risquer den avaler.
Par extension, il sagit de respecter la Nature dans sa globalité car nous en faisons partie, nous nen sommes quun petit maillon et il faut veiller à solidifier cette chaîne de la vie.
Ahinsa est le vu principal et les autres, secondaires, en découlent :
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- SATYA : ne pas mentir. Cest le vu de ne pas se perdre dans le faux, dans le mensonge et par extension cest aussi réfléchir avant de parler pour ne pas blesser quelquun par ses paroles.
- ASREYA : ne pas voler. Cest le vu de lhonnêteté, de ne pas sapproprier ce qui na pas été donné et par extension de demander avec une permission.
- BRAHMACHARYA : pas dimpureté sexuelle pour les laïques ou chasteté pour les ascètes. Il est toujours bon de rappeler que le viol, la pédophilie, la zoophilie etc sont des actes de violence contraires à lahinsa.
- APARIGRAHA : pas davidité. Cest le vu de ne pas avoir dattachement pour une chose comme largent, un lieu ou une personne et par extension cest celui de se restreindre dans ses possessions car la possession attire la jalousie qui attire la violence. Il sagit là aussi de vaincre sa nature matérielle par un travail spirituel.
Contrairement aux autres religions, les principes prêchés sont suivis. Les principes sont suivis pour soi, pour son propre salut et pour le respect des autres. Le principe de non violence a été reconnu par toutes les religions mais seuls les jaïns en ont prêché la pleine signification et la pleine application.
Les quatre vertus supplémentaires :
- MAITRI : amitié pour tous les êtres vivants
- PRAMODA : joie de voir des êtres plus avancés que soi
- KARUNYA : compassion pour les malheureux
- MADHASTHYA : indifférence envers les discourtois et la discourtoisie
Il y a également 10 autres vertus à appliquer : indulgence, sensibilité, droiture, pureté, loyauté, sobriété, austérité, renoncement, détachement, chasteté.
Il existe aussi des vux multiplicateurs, des principes, des vux pour les laïques, des vux pour les ascètes, des devoirs, des attentions, des pensées à avoir, des conduites etc
Tout ce code de conduite vise à essayer de devenir de plus en plus pur, de se débarrasser de son karma. Ceci nous amène a prendre connaissance avec la triple voie du salut.
LA TRIPLE VOIE DU SALUT
Ratnatrayamarga : les trois voies pour libérer son âme car lâme est paralysée du fait de son association à de la matière karmique et cest la raison pour laquelle lhomme est imparfait.
- la foi juste = avoir la conviction de la justesse des principes fondamentaux du jaïnisme, être exempt de perversité, soutenir ceux qui ont des convictions justes, sefforcer de propager les principes jaïns et détourner les gens des mauvaises croyances (comme les superstitions), être exempt dorgueil.
- la connaissance juste = connaître les principes jaïns acquis par la lecture et par laudition des écritures avec dévotion, zèle, respect, sérieux, avec la compréhension exacte de leur sens, au moment opportun et avec louverture desprit qui convient.
- la conduite juste = une conduite qui nest pas en infraction avec la foi juste et la connaissance juste. Deux sortes de conduite : la conduite partielle, imparfaite avec des réserves (celle des laïques jaïns) et la conduite complète, parfaite et sans réserve (celle des ascètes voulant atteindre le nirvâna). Evidemment, il y a aussi un éventail de conduites entre ces deux extrêmes.
Enfin pour terminer cette petite présentation du jaïnisme voici trois des grandes doctrines jaïns :
TROIS GRANDES DOCTRINES DE JAINISME
KARMA NAYAVADA SYADVADA
LA DOCTRINE DU KARMA
Cest la doctrine de la cause et de leffet.
La doctrine du karma fournit une explication rationnelle et satisfaisante aux différents phénomènes inexplicables (naissance, mort, inégalités mentales ou physiques ou inégalités des espèces vivantes
).
Dans le langage courant karma signifie action ou acte.
Chez les jaïn, le karma est une sorte de matière qui obscurcit les qualités naturelles de lâme, qui paralyse ses pouvoirs et qui lasservit aux cycles des réincarnations.
Tant que lâme est obscurcie par les particules karmiques, elle ne peut pas sélever et atteindre le nirvâna. Il faut donc veiller à réduire les particules karmiques (pour les laïques) ou les éliminer complètement (pour les ascètes).
Lassociation âmekarma est constamment en changement en fonction des actes (ou actions) que lon fait. Le karma résulte des actions vertueuses ou mauvaises.
Le mérite produit le bonheur quand le péché produit le malheur.
Lhomme est donc le seul responsable de sa vie, il subit ou profite des conséquences de ses propres actions (sans demander une aide divine).
Si le jaïn narrive pas au nirvana (à libérer son âme) sa réincarnation sera dautant plus agréable que ses actions passées ont été vertueuses . La vie subie est le résultat des actions antérieures.
LA DOCTRINE DU NAYAVADA
Cest la doctrine de la relativité.
Les jaïns considèrent que lobjet de la connaissance est dune extraordinaire complexité :
- il est constitué de substances, de qualités et de modifications
- il sétend sur le passé, le présent et lavenir
- il est sujet à lapparition, la destruction et la permanence
- il couvre un espace infini
Lappréhension humaine de la réalité est donc partielle et nest valable que dun point de vue particulier = le naya.
Il existe environ 700 points de vue pour décrire cette réalité (point de vue pratique, réaliste, modal, substantiel...).
Cette doctrine réconcilie les points de vue opposés et les harmonise en prenant en compte la relativité des différents aspects de la réalité ; elle met aussi en garde contre les systèmes uniques qui permettent de tout comprendre.
LA DOCTRINE DU SYADVADA
Cest la doctrine de laffirmation nuancée (syat = peut être), de la synthèse des points de vue.
Cette doctrine complète la précédente : après lapproche analytique de la réalité, cest lapproche synthétique (en gros : après avoir analysé tous les points de vue, on essaye dénoncer la réalité avec nuances).
Cette doctrine vise à harmoniser les points de vue individuels dans un énoncé densemble.
Partir de nombreux points de vue et déclarer quaucun nest valable seul.
La vérité nest le monopole de personne. Cette doctine vise à répandre lesprit de tolérance qui va parfaitement de pair avec le principe de non violence (ahinsa).
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Jules Jaïn avec la famille du prêtre jaïn du temple de Sarnath
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